meteorite

Au terme d’une étude consacrée à la Taille du Marbre en Île-de-France, Oskar Serti se rendit le 3 octobre 1921, dans l’atelier de sculpture de l’école des Beaux-Arts de Paris. Pour ne pas déranger les élèves au travail, il s’installa sur le petit balcon qui surplombait d’une dizaine de mètres l’atelier principal et lui offrait ainsi une parfaite vue d’ensemble.
Il découvrit alors, parmi les blocs que taillaient les étudiants, un buste dont les lignes — pourtant à peine esquissées — réveillaient en lui l’image vibrante de Catherine de Sélys. Serti se sentit tellement bouleversé par cette ébauche qu’il dut se cramponner à cette balustrade pour éviter la chute. Depuis des mois, il rêvait d’écrire à Catherine une lettre lui révélant la véritable nature de ses sentiments, et voici qu’enfin — par la seule présence de ce buste — lui venaient à l’esprit les mots justes. Il s’empara aussitôt de son carnet pour les y noter le plus rapidement possible. La ressemblance avec Catherine était en effet purement fortuite, et d’un instant à l’autre, elle disparaîtrait sous les coups de burins chargés de rendre les traits potelés du modèle installé au centre de l’atelier.
Malheureusement, Serti ouvrit son stylo si brusquement que toute l’encre s’en échappa avant même que le moindre mot ne fût écrit. La déception l’empêcha d’apercevoir, dix mètres plus bas, l’état de grâce dans lequel se trouvait un apprenti sculpteur : alors qu’il venait d’entailler le marbre à hauteur d’une petite veine, celui-ci vit soudain couler de l’incision une longue traînée bleue qui lui ôta toute envie de donner d’autres coups dans la pierre.