

Le soir du 13 septembre 1921, lassé d’attendre entre les quatre murs de son appartement du septième étage, Oskar Serti alla se poster à la loggia pour mieux guetter l’arrivée de Catherine de Sélys dans l’escalier B qui menait chez lui.
Chaque fois qu’il entendait s’ouvrir la porte principale de l’immeuble, Serti frémissait à l’idée de voir enfin apparaître Catherine au bas des marches ; mais systématiquement les bruits de pas disparaissaient dans les escaliers A ou C.
Après une heure d’attente, il donna un petit coup sur la cigarette qu’il venait de griller nerveusement, en se disant que si Catherine n’arrivait pas avant que le petit bloc cylindrique de ses cendres ne touche le sol du rez-de-chaussée, toute illusion serait perdue.
Malheureusement, au cours de leur chute, les cendres se dispersèrent dans les airs et aucun élément ne toucha le sol.
Serti fut alors saisi par l’angoisse que rien ne pourrait jamais prendre corps dans cette cage d’escalier : les bruits de pas, les cendres, tout s’évaporait. Un moment même, poussé par la volonté de voir enfin quelque chose d’important se produire, il voulut enjamber cette balustrade pour aller s’écraser au sol.
Mais comme il aurait dû s’y attendre, cette idée s’évanouit aussi rapidement qu’elle n’était apparue.